Matières et Couleurs

Il est intéressant de se mettre en situation de "pénurie" pour activer sa créativité, en conséquence peu de couleurs sont nécessaires pour commencer une toile.

Les matières sont mises à disposition pour provoquer le hasard et l’imagination. Elles seront choisies pour la résonance qu’elles suscitent en nous-mêmes, par le souvenir d’une odeur, d’une couleur, d’un toucher etc. Des papiers de différentes textures qui pourront être froissés, produits qui réagiront en nous surprenant, (Eau de javel, produit de vaisselle, huile etc.) terre, plâtre, enduits, chiffons de différentes épaisseurs et textures, ficelles, dentelles, végétaux, aliments etc. etc. Ces différents matériaux réagiront de manière inattendue, aléatoire et non maîtrisée.

Pour les outils, brosses et pinceaux de basse qualité, couteaux, spatules, fourchettes, balai, objets qui peuvent créer des empreintes, des griffures. Et notre plus bel outils, nos mains !




Acte pictural

Se mettre en état de relaxation, de réceptivité, laisser échapper ses peurs, ses angoisses, ses frustrations par la respiration ou la méditation. S'ouvrir à la sensualité. Etre fidèle à ses impulsions profondes.

Choisir une position confortable.

Aimer la toile blanche, se l'approprier, entrer en elle. (La toile pourra être au sol, préférable au chevalet.)

Libérer sa gestuelle.
Partir quelquefois d'un geste qui décrit un rond (car tout naît du cercle). Dans ce "chaos" de peinture, d'encre, d'eau ou de matière, on pourra intervenir, très précautionneusement, et soudain mystérieusement, une forme pourra s'inscrire. L'objet de son intuition, ou de son inconscient naîtra alors. (Dans le chaos et l'obscurité ne réside-t-il pas le mystère originel!)

Simultanément ou parallèlement, la couleur intervient. Refuser toute intention avec force, laisser venir l'envie d'une couleur. Travailler dans l'instant, ne rien projeter. Se dire que rien n'est définitif. Il faut toujours aller dans le sens de son désir et de son plaisir. Laisser aussi les couleurs se créer avec le hasard, accepter ou retravailler avec son instinct, son plaisir et son émotion.

Si un désir par un fantasme quelconque arrive, ne pas le refreiner; l'émotion physique peut être éveillée par le geste sensuel (caresses de la toile, griffures)

Accepter le hasard créé par les situations qui le favorisent : empreintes diverses, froissements, inconfort de l'outil, les coulures, les taches… (Victor Hugo peignait à partir de taches! Se référer aussi à Alexander Cozens)

Cesser de penser, de vouloir. Instaurer en soi la non contrainte totale, pour être en harmonie avec la source du cœur, ne pas tenter d'extraire à tout prix, avec l'effort, l'inspiration qui passe (car elle est fugitive). L'acte de peindre doit être l'agir du non agir, l'agir naturel, sans désir et sans intellect.

Si enlever la matière est rendre visible le caché, faire apparaître la substance des choses, pourquoi ne pas travailler par soustraction.

Ne pas chercher à éblouir, rester vrai, sincère.
Etre généreux, mais fuir les concessions, mettre en sourdine ses ambitions.

Utilisation du temps :
Séchage plus ou moins long.
Rapidité du trait ou non.


S'arrêter de peindre, accepter la distraction pour se détourner un temps du travail (Cela évite toute concentration intellectuelle). Y retourner pour "évaluer", "apprécier" le résultat. Peut-être alors une émotion arrivera.

Aimer sa toile à ce moment-là et créer un lien fort et intime avec celle-ci.

Parfois, durant ces pauses, se replonger dans les toiles de ses peintres référents qui nous procurent des émotions. (Pour moi, Picasso, Zao Wou Ki, Rothko, Bacon, Barcelo, Tapiès, certains de l'Art Brut, et bien d'autres.)

S'interdire tout jugement, toute notion de "bien fait" ou "mal fait"! Le laid, c'est le labeur du trait, le travail trop exécuté, léché, l'artisanat. La dextérité, l'adresse, l'habileté (comme souvent en Occident) sont pour moi un désastre, car on passe à côté de l'essentiel. La maladresse et le raté sont bien plus vivants et puis la faiblesse peut être d'une élégance folle! La maladresse, si elle vient du cœur, est bouleversante. Si l'expression est sincère, elle habitera forcément l'esprit de celui qui la contemple.

Accepter la sensation d'harmonie, d'équilibre, de plénitude qui peut nous envahir.

Se méfier de ses connaissances, car elles tuent la création. Par contre, il faut évoquer sa culture, son enfance, ses émotions passées, peut-être même ses douleurs, et lâcher prise, pour qu'elles émergent de notre intérieur.


Si des pensées philosophiques ou métaphysiques surviennent, les laisser venir, les utiliser, pourquoi pas? (Ecritures, signes etc.)

Si le besoin de maîtrise arrive, on peut opter pour des détails figuratifs, ou même réalistes. A ce moment-là, la concentration doit être extrême pour ne pas se laisser submerger, il faut canaliser et maîtriser. Ne pas oublier qu'en art, il ne s'agit pas de dire mais de suggérer! Kandinsky a dit:
" En art, ce que l'on voile a une grande puissance".

Laisser "respirer" la toile. Les blancs d'un tableau laissent à celui qui le regarde une place à son imaginaire. Jankélévitch a dit :" C'est dans l'inachevé qu'on laisse la vie s'installer".

Le haut et le bas de sa toile ne doivent jamais être fixés définitivement. Comme si c'était elle qui décidait de son équilibre!!

A tout moment, il nous faut rechercher l'humilité qui est en nous pour accepter d'être déstabilisé.

Considérer la composition pour l'équilibre et l'harmonie. Parfois juste un détail, un coup de pinceau, une tache, assoie la toile. Laisser parler son instinct, son ressenti.

Si on tente d'achever une toile, elle meurt! Par contre, être en situation d'ouverture pour accepter quand la toile vous échappe et, qu'elle "décide" qu'elle est terminée.